Dépression : victimes silencieuses

Le sujet de ce billet n’est pas très joyeux, mais il me porte à cœur d’en parler. Il faut bien que quelqu’un

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Source: africa1.com

le fasse, et plusieurs personnes le font, mais j’aimerais juste y apporter également ma part. En effet, aujourd’hui, en France, plus de 3 millions de personnes sont diagnostiquées comme étant dépressives. Et heureusement, de nos jours la  médecine  reconnaît la dépression comme étant une maladie, donc les personnes victimes de cet état mental sont reconnues légitimement comme étant malades, et il existe des médicaments pour la traiter. Je ne m’étalerais pas sur la qualité, l’effectivité, ni la liste infinie des effets indésirables que contiennent potentiellement ces médicaments. Ce qui me tient à cœur ici, c’est de parler de ce que peut vraiment ressentir une personne dépressive, ou maniaco-dépressive, au-delà de toutes les définitions théoriques.

Pour commencer, la dépression est une maladie qui atteint le cerveau, qui fait vraiment voir la vie en noir, qui rend triste, et qui pousse à l’autodestruction lente (prises de mauvaises décisions, mauvais jugements, laisser-aller) ou rapide (suicide, tentative de suicide ratée…). Elle peut empêcher de rire, de manger, d’être heureux, d’avoir une libido, une vie sociale, de vivre tout simplement. La dépression peut avoir plusieurs origines diverses: elle peut être liée à une maladie ou douleur physique, à une addiction (drogue, alcool…) ou bien être la conséquence d’un deuil non fait ou mal fait, de la perte de proches, d’un manque d’amour, d’une solitude devenue pesante… Il existe autant de causes possibles que de personnes, et le problème est que le dépressif offre bien souvent malheureusement l’apparence d’une personne bien portante, même heureuse. La vraie difficulté de la maladie réside dans le fait que l’on n’a pas l’air malade du tout. Tout va si bien en apparence dans notre vie que personne ne se doute de ce qui se passe dans notre tête. Cet état d’esprit, contrairement à ce que certains peuvent penser s’impose à la personne souffrante. On ne sort pas d’un état dépressif par sa simple volonté non, il ne suffit pas juste de le vouloir, le problème est beaucoup plus insidieux.

Le premier problème quand on est dépressif, c’est le sentiment d’être incompris. Je dirais que pour un (e) introverti (e) c’est un sentiment ô combien habituel. Mais la dépression pousse ce sentiment à un tout autre niveau. Attention, je ne dis pas que les dépressifs sont forcément des introvertis ou des personnes timides, mais la réalité tend à montrer que, plus une personne a tendance à être calme, ou repliée sur elle-même et plus elle peut être sujette à la dépression. Mais évidemment, il existe plein d’extravertis, très bruyants, qui sont des dépressifs « cachés ».  Donc dans un premier temps, il faut comprendre que cela peut arriver à tout le monde. Peu importe son caractère, son background, on peut tous être sujet à déprimer. Etre dépressif n’a rien à avoir avec la force de caractère.

Et je ne parle pas là de petits coups de blues (ça arrive à tout le monde ça, ça ne dure pas plus d’une soirée ou de quelques jours et on n’a pas besoin de médicaments), ni de petite déprime post partiels ratés par exemple. Non, je parle de vraie dépression, le genre qui dure des jours, des semaines, qui part et revient, qui te donne des idées suicidaires, qui te laisse sans aucune force ni volonté, qui te bouffe de l’intérieur comme un trou noir qui t’aspire en entier. Et personne ne peut vraiment t’aider parce que tu es seul à le vivre et à le ressentir, et parfois tu ne trouves même pas les mots adéquats pour l’expliquer à tes proches.

Ce qui nous emmène au second problème de la dépression : le silence. Le dépressif est souvent plus que six pieds sous terre, il a du mal à parler, il n’a envie de rien faire, juste de rester allonger, de s’endormir et de ne plus jamais se réveiller, tellement ce sentiment de fatigue (mentale et physique même des fois) est lourd et paraît insurmontable. Donc, comme c’est trop compliqué à expliquer, et qu’il sait qu’on ne pourra pas le comprendre ni saisir l’intensité de son mal être, il préfère garder le silence. Et ce silence tue. S’il ne tue pas directement physiquement, il tue lentement l’esprit. Le dépressif au fond de lui veut parler, il aimerait pouvoir expliquer à quelqu’un  qui puisse vraiment comprendre, mais il sait que cette personne n’existe pas, ou du moins il le pense, alors il se tait. Les tentatives de suicides, ou les suicides, contrairement à ce que certaines mauvaises langues disent n’est pas une tentative puérile d’attirer l’attention (surtout quand la tentative aboutie et qu’on meurt pour de vrai !). Bien souvent ces tentatives sont de réels cris de souffrance, des appels à l’aide : les mots ne suffisaient plus pour expliquer, alors la personne dépressive, à bout de force pense que la mort est son seul et dernier recours. Bien malheureusement, les proches ne remarquent pas les combats intérieurs que vivent ces personnes, d’où leur choc quand ils apprennent qu’un des leurs a fait une tentative ou est carrément mort. En effet, des personnes en apparence très fortes mentalement représentent bien souvent les victimes les plus silencieuses.

Le troisième problème est que, certains voient les dépressifs comme étant uniquement des gens au mental faible, aussi ils ne prêtent pas attention à leurs cris de douleurs, ni à leur souffrance. Du coup, la personne qui souffre déjà se sent encore plus dévalorisée et faible, ce qui ne peut qu’aggraver la situation. Alors, les dépressifs n’en parlent pas autour eux, parce que soit ils ont peur qu’on se moque, ou qu’on ne les comprenne pas, et qu’on les traite en paria. Mais ces gens qui pensent que la dépression est juste un manque de volonté, un esprit trop faible ou trop paresseux, parmi eux, certains ont juste peur du sujet (vous savez comme la fameuse discussion sur le sexe avec les parents que certains parents évitent ou minimisent par peur de l’avoir avec leurs enfants). L’être humain est fait ainsi : lorsqu’il a peur, il a recours soit à la moquerie (c’est tellement plus facile et puis on se sent plus supérieur et mieux dans sa peau donc… !), soit à l’ignorance pure et simple (fake it until it disappears !).

Ainsi, à cause des peurs et tabous de la société, ces victimes silencieuses sont poussées à se débrouiller seules. Certaines y arrivent (en allant voir un psychologue, ou un psychiatre par exemple, et en prenant des médicaments notamment quand cela s’avère nécessaire), d’autres non. Des fois, le dépressif noyé dans les préjugés de la société a honte d’aller voir le psy, ou arrête d’y aller parce que « ça ne marche pas ». La dépression oblige également la personne à s’éloigner de ses proches et amis, elle s’exclut petit à petit de son groupe et s’éloigne parce qu’elle ne peut pas leur expliquer parce qu’ils ne comprendraient pas. Comment expliquer à ta mère qui a « de vrais » problèmes, ou à tes amis qui ont des maladies physiques handicapantes que tu te sens si mal dans ta tête que tu ne peux rien faire, quand eux, malgré leurs grosses difficultés avancent dans leur vie ? Le dépressif culpabilise parce qu’il compare sa souffrance avec celle des autres et finit par se dire qu’il existe des problèmes « plus réels » et qu’il n’a donc pas le droit de « s’apitoyer sur son sort ». Je mets ces expressions entre guillemets car elles ne représentent que ce que la société pense de la dépression, mais ce n’est en aucun cas la réalité de la maladie, ni celle du malade.

Et puis, il arrive également un moment où la personne dépressive ne peut plus faire semblant avec ses proches, ou les gens qu’elle côtoie, il arrive un moment où elle ne peut plus cacher sa tristesse profonde, alors elle se coupe du monde, par peur de ne pouvoir répondre à leurs questions. C’est l’un des pires moments, parce que c’est à partir de là que l’on se coupe du monde et de tout ce qui nous entoure, que l’on s’enfonce dans la tristesse profonde, et une dépression qui peut-être était chronique devient perpétuelle, que l’on perd toute forme de répit, que la douleur devient vraiment plus qu’insupportable. Mais ce qui est à la fois fascinant et horrible c’est qu’une personne qui expérimente cet état peut toujours continuer à aller travailler, ou aller en cours, et trouver la force de sourire à ses collègues et avoir l’air normal alors qu’au fond elle meurt. Elle a l’apparence d’une vie sociale, mais elle ne peut plus avoir de relations privilégiées avec qui que ce soit parce qu’elle ne peut plus laisser personne entrer dans sa vraie réalité.

Tous les matins, avant de sortir de chez lui, le dépressif revêt le masque d’un visage souriant par-dessus son vrai visage, ce qui lui permet de tenir la journée, mais une fois passé le pas de sa porte le soir, il retire son masque et tous ses démons reprennent la parole (non pas qu’ils soient silencieux dans la journée, mais ils redeviennent plus bruyants).

Je pourrais passer des pages et des pages à décrire l’état d’esprit de ces victimes silencieuses, mais on n’en finirait pas. Je tenais juste à donner aux autres une petite idée de ce qui se passe dans la tête d’une personne dépressive.

A tous ceux qui passent par-là, je voulais juste vous dire que vous n’êtes jamais seul (il suffit de traîner sur le net un peu pour voir le nombre de victimes), vous n’êtes pas faible, et la bonne nouvelle est que vous pouvez vous en sortir. Je sais qu’en période de grave crise, quand on a des pensées suicidaires, et qu’on est au plus bas, cette phrase sonne si creuse et si irréelle que vous vous dites « n’importe quoi, elle ne sait même pas de quoi elle parle ». Mais je sais de quoi je parle, je l’ai vécu, et je le vis et j’ose en parler. Je ne l’ai pas complètement vaincue, non, j’ai eu, j’ai et je sais que j’aurais des moments où je contemple le suicide, mais dans les moments où ça va mieux, ou j’entrevois la lumière au bout du tunnel, je réalise qu’il y’a vraiment de l’espoir.  Et pourtant, cet article a été inspiré par un moment de « rechute ».

C’est bien là la preuve, que désormais, même quand je suis au plus bas, il y’a toujours une minuscule voix au fond de moi qui me dit qu’il y’a de l’espoir quelque part, et qu’un jour je trouverais la solution.

Et puis, juste pour la petite histoire, un jour où je traînais sur internet, j’ai réalisé qu’il n’existe aucune façon SÛRE de se suicider. C’est assez cynique comme point de vue mais c’est la réalité ! Avez-vous vu le taux de tentatives de suicides ratées ? En 2014, 65% de tentatives contre 16,3% de décès ont été enregistrées, ce qui prouve mon point. Dites-vous que peu importe la méthode que vous choisissez, vous avez plus de 70% de chances de vous rater… Essayer de rationaliser deux secondes la décision. Elle est assez importante pour mériter deux secondes de réflexion n’est-ce pas ? Si vous avez supporté la douleur jusque-là vous pouvez bien vous accorder ce petit temps de réflexion.  En ce moment vous souffrez, mais imaginez un instant que vous tentiez de prendre votre vie et que vous échouiez ? Premièrement, il y’a des chances que cela constitue un échec que votre inconscient ajoutera à la longue liste de vos ratés qui tue votre esprit et aggrave la situation. Deuxièmement, vous pourriez vous retrouver avec un dommage physique et un handicap. C’est déjà bien assez difficile de survivre avec une maladie mentale aussi présente, voulez-vous vraiment en plus devoir gérer un handicap physique ? Non, je ne pense pas. Même à ce stade, même lorsque la douleur semble insurmontable, on peut se dire qu’il peut y avoir pire, et que l’on souffre déjà bien assez trop pour en rajouter.  Croyez-moi, j’ai déjà pensé à toutes les façons possibles de procéder, j’en ai tenté quelques-unes, il n’y en a aucune de sûre.

La meilleure des choses à faire est de parler à son médecin traitant, ou d’aller directement voir un psychologue et un psychiatre (pour les étudiants par exemple, les services de médecines préventives mettent gratuitement à disposition ces professionnels, sinon pour les autres il existe des centre médico-psychologique par secteurs), ou d’appeler les services d’écoutes : SOS amitié ,Suicide écoute, SOS Suicide Phénix pour ne citer que ceux-là, ou d’aller sur les sites d’associations ou des forums. Si vous n’avez vraiment pas envie de faire appel à des étrangers, vous avez forcément un proche, un parent, un ami, une amie qui saura vous écouter, n’hésitez pas à les appeler : s’ils sont dans votre vie c’est qu’il y en a bien un parmi tout ce monde qui vous aime qui aimerait avoir l’occasion de vous aider au lieu de vous pleurer. Malgré les préjugés que l’on peut tous avoir, lorsqu’on a un proche malade, on oublie ces préjugés (ne serait-ce que juste le temps de l’aider), on apprend à essayer de le comprendre.

A côté de cela, il existe également plusieurs sites internet, livres, ou chaines YouTube de méditation accompagnée qui peuvent parfois soulager ne serait-ce que le temps d’un instant.

Dans tous les cas, rappelez-vous que vous n’êtes pas seul à vivre cela, il existe des milliers, millions de personnes partout dans le monde qui  comprennent ce que vous ressentez, il suffit de lire tous les articles qui existent sur le sujet pour s’en rendre compte. Et rappelez-vous qu’il y a toujours quelqu’un dans votre entourage qui sera prêt à vous aider ! N’écoutez pas cette voix ou ce vide qui vous pousse à penser le contraire.

Pour l’instant c’est encore un sujet un peu tabou autour de nous, mais au moins nous savons que nous ne sommes pas seuls. Alors, à tous ceux et celles qui vivent la même chose, sachez que même si nous sommes silencieux, vous n’êtes pas seul, et qu’il y a quelque part une solution.

 

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