Hypersensibilité et introversion : gémellité d’enfer?

Attention introspection profonde en vue!

Il y’a presque un an maintenant que j’ai découvert que j’étais introvertie et hypersensible, et bien que je me doutais depuis toujours que j’étais un peu « différente » de la moyenne, ça m’a fait un bien fou de pouvoir mettre des noms sur ce que je ressentais (c’est typiquement humain ça de vouloir mettre des labels sur tout!).

Bien qu’il me reste encore du chemin à parcourir, je me comprend de mieux en mieux depuis, et j’aimerais aider les gens à me comprendre ou à comprendre les gens comme moi, les extraterrestres que nous sommes (lol je plaisante mais c’est ainsi que le reste du monde nous perçoit). Ceci est essentiellement basé sur mes expériences personnelles (malheureusement je ne connais pas d’autres introvertis ou hypersensibles parmi mes proches, ou en tout cas je ne les ais pas encore repéré…).

Dans des postes précédents j’ai déjà défini dans les grandes lignes ce qu’était un introverti (->Introverti: quésako?). Cependant je n’ai pas encore parlé de l’hypersensibilité, et je pourrais en écrire tout un livre (je plaisante à peine ^^), mais on va faire court pour une fois. Déjà rassurez-vous ce n’est pas une maladie contagieuse, ce n’est pas une maladie tout court! Ce n’est pas un trouble psychologique non plus (je préfère préciser hein!).

Alors qu’est ce que l’hypersensibilité?

L’hypersensibilité émotionnelle est un trait de caractère qui apparaît souvent dès l’enfance et qui caractérise une personne ayant une réactivité accrue aux stimulus émotionnels, qu’il s’agisse de ses propres émotions ou de celles des autres.

Un enfant hypersensible est souvent craintif, a plus besoin d’être rassuré par ses parents, plus besoin de protection (tous les enfants en ont besoin mais les hypersensibles sont plus demandeurs). A l’âge adulte, ces mêmes personnes deviennent plus prédisposées au stress et à la dépression. Mais ces traits de caractères peuvent être également mis à profit artistiquement et intellectuellement: on sait tous que les plus grands génies que notre humanité ait connue (artistes, écrivains, phylosophes, mathématiciens…) étaient bien souvent des personnes décrites comme hypersensibles ou introverties. De Gandhi, Einstein, Mère Thérésa,  Abraham Lincoln, Bill Gates, à Mark Zuckerberg, et j’en passe!

Il faut savoir que 70%  des hypersensibles sont des introvertis, ce qui n’est franchement pas étonnant vu les nombreuses ressemblances entre ces deux traits de caractères. Par contre quand j’ai réalisé que les autres 30% étaient des extravertis, je me suis dit « les pauvres » parce que concilier les deux traits de caractères ça ne doit pas être évident hein (vu à quel point c’est déjà compliqué de gérer l’introversion et l’hypersensibilité alors que les deux sont assez proches…!).

Comment reconnaître un hypersensible?

Les hypersensibles sont souvent des personnes qui:

  • Ont du mal à gérer leurs émotions, elles ont des réactions jugées disproportionnées par les autres (crises de colères, larmes…); cela s’explique par le fait qu’elles ressentent plus fortement les émotions que la moyenne. J’ai pour habitude d’expliquer cela aux gens en leur disant qu’un hypersensible ressent au moins 10 fois plus fort ce que l’individu moyen ressent. Donc imaginez quand vous pleurez et que vous vous sentez mal suite à une rupture par exemple et que votre cœur est en mille morceaux, eh beh imaginez tout ça fois 10. Vous voyez ce que je veux dire?
  • Sont plus particulièrement sensibles au stress et plus prédisposées donc à être affectées par les situations stressantes (ce qui parfois peut se traduire par de réelles douleurs physiques liées au stress type douleurs aux trapèzes, au dos, au ventre…). Ces personnes ont tendance à être fortement perturbées par les changements ou les imprévus de la vie. Typiquement, une personne hypersensible aime prévoir et savoir exactement ce qui va se passer dans sa vie à l’avance, que ce soit des prévisions sur un mois ou même sur un an! Autant dire que leur vie est beaucoup plus compliquée sans boule de cristale (ahem!).
  • Sont trèèèèèèèès susceptibles! Ah on le voyait venir ce trait de caractère ahah. Mais bon il faut relativiser quand même, parce qu’en tant qu’hypersensible, oui je suis très susceptible, mais tout  dépend de la relation que j’ai avec la personne en face. Je n’ai pas la même susceptibilité selon que je suis face à ma mère ou à un collègue de travail par exemple: les remarques de ma mère me vexeront moins parce que je sais qu’elles viennent d’une bonne intention.
  • Peuvent être assez timides, mais ce n’est pas forcément le cas pour toutes. Cela pourrait s’expliquer tout simplement par le fait que l’hypersensible est très conscient de lui même. Je ne sais pas trop si ça a un sens dit comme ça en français mais c’est la traduction de « self consciousness » ou « too self-aware ». La traduction littérale du mot anglais est « complexé » (et même si je ne suis pas trop d’accord avec celle-ci, étant donné que je ne travaille pas à l’Académie française je vais me taire!). Ce que j’essaie de dire c’est qu’un hypersensible est presque toujours en introspection et du coup il s’auto-critique énormément, ce qui fait qu’il a souvent l’impression que tout le monde a le même regard sur sa personne, donc il préfère ne pas approcher les gens de peur de ne pas être aimé. Le livre d’Elaine N. Aron sur l’hypersensibilité porte un titre qui résume tout à mon avis: « Ces gens qui ont peur d’avoir peur ».( Je vous en parlerais dans un autre post!)
  • Sont très perspicaces, intuitives et observatrices: enfiiiiiiin des points positifs dans tout ça! Eh oui, être hypersensible c’est aussi avoir des qualités (bon parce que c’est assez difficile à vivre comme trait de caractère donc un peu de facilité dans tout ça ne fait pas de mal!). Ce sont là trois grandes qualités qui font des hypersensibles de bon analystes, ce qui peut toujours être utile que ce soit personnellement ou professionnellement. Cela explique également leur tendance à être souvent silencieux : en effet comment peut ont être à la fois observateur et donneur de discours? D’où d’ailleurs le fait de penser que tous les hypersensibles sont juste timides est faux, parce que se taire ne veut pas toujours dire qu’on n’a rien à dire ou qu’on est timide, cela signifie juste parfois qu’on observe. Croyez-moi, (je parle d’expérience!) on en apprend dix fois plus sur les gens en les observant, et en les écoutant plutôt qu’en monopolisant la parole.6e7cc6316da2fb3b9b812fa2457358c1

 

  • Sont consciencieuses: c’est aussi une qualité qui peut être très utile dans la vie professionnelle également. Etre consciencieux équivaut à être méticuleux, organisé  et sérieux tout simplement.
  • Ont une très (trop?) grande capacité à être empathique. Par définition, l’empathie est définie comme:

Trait de personnalité caractérisé par la capacité de ressentir une émotion appropriée en réponse à celle exprimée par autrui, d’effectuer une distinction entre soi et autrui (c’est-à-dire être conscient de la source de l’émotion et pouvoir décoder l’émotion d’autrui) et de réguler ses propres réponses émotionnelles.

Maintenant, il y’a la définition théorique de l’empathie telle que celle ci-dessus, et il y’a la réalité du vécu. Offrir une réponse émotionnelle adaptée aux émotions d’autrui consiste juste à savoir partager ses joies et ses tristesses. D’aucun diront que c’est la base de l’humanité et que tout être humain décent en est capable, ce qui n’est pas faux. Mais la différence entre l’hypersensible et l’être humain moyen c’est que l’hypersensible mélange et confond empathie, sympathie et compassion en un seul sentiment. Il est capable de ressentir les émotions de l’autre comme si elles étaient les siennes (la frontière entre le soi et autrui est assez mince), cela est parfaitement expliqué par l’origine étymologique du mot empathie qui vient de « Einfuhlung » et qui fait référence à la projection d’une personne dans la situation de l’autre. Je pense qu’aucun mot ne peut me permettre d’expliquer ce point aussi clairement que je le voudrais, mais il faut juste tenter d’imaginer que si une personne moyenne éprouve de la sympathie avec un ami en souffrance, l’hypersensible se met à sa place et ressent exactement (au possible) les mêmes émotions avec la même intensité. Par exemple, lorsqu’un de vos amis perd un cousin que vous ne connaissiez pas, vous pouvez « avoir mal pour lui » et sympathiser, être empathique; l’hypersensible que je suis ressentira la douleur de perdre un être cher comme s’il s’agissait de mon cousin, bien que je ne connaissais pas du tout la personne. L’hypersensible se met dans la peau de l’autre complètement. C’est assez fou comme émotion parce que cela donne parfois la sensation de quitter son corps pour entrer dans celui de l’autre afin de vivre pleinement son expérience. N’ayez pas peur je ne souffre pas de dédoublement de personnalité (quoi que…!)

Et le pire c’est que l’hypersensible, (ou en tout cas moi) le fait pour TOUT le monde indifféremment de sa relation (ou absence de relation) avec la personne. On peut tous compatir avec un ami qui vient de perdre un être cher et verser une petite larme, mais l’hypersensible peut également ressentir encore plus fortement cette tristesse envers un parfait étranger, ou un simple collègue avec qui il n’a pas spécialement d’affinité. C’est complètement insensé, et ça prend énormément d’énergie de se mettre à la place de tout ce monde: des fois j’ai l’impression de vivre mille vies en une seule. Ce qui explique aussi qu’un hypersensible, dans une tentative de se protéger de ce trop plein d’émotion qui le draine de son énergie, choisisse de s’exclure du groupe et de la société par peur de trop souffrir, d’être vidé de toute son énergie.

Certains diront que c’est une qualité, et ma foi je ne dirais pas le contraire ça peut être un don, mais c’est aussi un cadeau empoisonné du fait de toute l’énergie que cela demande. Par exemple, je me suis faite la réflexion un jour en me disant qu’être si empathique peut être une grande qualité si je veux travailler dans le domaine caritatif, ou encore exercer en tant que médecin. Mais  j’ai réalisé que cela peut aussi être un frein parce que malgré le fait que je pourrais aider les gens, je serais tellement investie émotionnellement que cela me prendrait toutes tes forces et en fin de compte tant de misère ne finira que par me rendre malade et déprimée de voir que je ne peux pas éradiquer toute la misère du monde.

Comment bien vivre son hypersensibilité?

Ma foi, ceci est un titre accrocheur parce que pour être honnête je n’ai toujours pas encore trouvé la solution à « mon problème ». 

Mais pour commencer, la première étape est déjà de comprendre ET d’accepter que l’hypersensibilité n’est pas une maladie (comme je l’ai dit plus haut) et que donc on n’a pas à en guérir, que ce n’est pas non plus une malédiction. Tout comme l’introversion, il faut s’accepter  et s’aimer tel que l’on est sans vouloir se changer en pensant que l’on est une version humaine ratée ou défectueuse. Si c’était le cas, les nombreux changements subis par l’humanité nous auraient éradiqué de la surface de la terre comme les dinosaures l’ont été! Si les « spécimens » que nous sommes avons survécu tous ces changements, c’est que nous avons la force nécessaire et que surtout nous avons notre place. Regardez autour de vous: la Nature ne s’est jamais gênée pour supprimer tout ce qui n’avait plus lieu d’être, et rien de ce qui existe n’est inutile parce que dès que quelque chose n’est plus adapté à l’environnement naturel il disparaît tout simplement. C’est la toute première tape, la plus difficile et la plus longue à mon sens. J’en suis encore là.

La seconde étape est d’apprendre à vivre avec notre hypersensibilité dans ce monde de brute! Il faut pour cela savoir faire la distinction entre gérer et réguler, parce que le piège est là.  En sautant les étapes, à l’époque où je ne savais pas encore que mes sentiments portaient un nom (encore aujourd’hui je fais cette erreur d’ailleurs), je pensais que la seule solution était de gérer mon hypersensibilité en la supprimant. Autant vous dire que ce fut un échec monumental: j’ai réalisé malgré moi que l’hypersensibilité faisant partie de ma personne je ne pouvais pas la supprimer sans me nier en tant qu’individu.  C’est comme vouloir supprimer mon identité de femme: cela n’a pas de sens étant donné qu’être femme fait partie de mon identité.

Etre introverti est déjà très épuisant, alors être hypersensible en plus c’est juste la cerise sur le gâteau en fait: c’est trop, on se sent trop différent, trop faible, trop inadapté au monde et surtout fa-ti-gué. Et les gens profitent de nous, de notre hypersensibilité, notre trop plein de gentillesse qui est souvent interprété comme de la faiblesse. Au delà de ces aspects on se sent aussi floué parce que tandis que nous ressentons TOUT de façon décuplée et que donc nous sommes des proies faciles, les autres en face donnent l’impression d’être plus forts parce qu’ils sont moins émotifs. Et dans notre monde actuel où l’émotivité est une forme de faiblesse, être hypersensible est un combat de tous les jours. Par exemple, quand en plein milieu d’une dispute avec mon conjoint  je hurle et fond en larme tandis qu’il me regarde l’air assez calme et garde un ton posé je me sens minable, faible, inférieure en fait. Et donc la solution était bien simple: ressentir moins, devenir glaciale parce que dans mon monde être glacial= être normal, comme les gens non hypersensibles. Ainsi vouloir gérer son hypersensibilité tend à vouloir la supprimer, pour se conformer à la majorité et devenir « comme tout le monde ».   Et c’est quelque chose que l’on est prêt à faire, quitte à altérer notre personnalité parce que c’est trop dur d’être comme on est.

Et pourtant c’est un piège, parce la solution est plutôt dans la régulation. C’est pareil que lorsque l’on vous parle de « gestion » du stress: la gestion suppose une volonté de tendre à la suppression progressive de l’élément jugé négatif. La régulation quant à elle exprime l’idée selon laquelle il est possible de conserver cet élément, et de l’adapter tout simplement à notre environnement. Ainsi réguler son hypersensibilité consiste à mettre en place un processus visant à modifier ses réponses émotionnelles spontanées, à les adapter à notre environnement, au lieu de vouloir les supprimer.

Apprendre à réguler son hypersensibilité ne porte donc pas atteinte à notre personnalité, bien au contraire, cela permettrait de l’utiliser « à bon escient ». Par exemple, pour un hypersensible introverti qui n’aime pas prendre la parole en public, se répéter « je n’ai pas peur, je n’ai pas peur » en boucle avec pour objectif de supprimer la peur ne servira qu’à l’accentuer. Tandis que, se dire « j’ai peur mais je l’ai déjà fait une fois et je n’en suis pas mort, donc ça prouve que je peux le refaire, même si je tremble je sais que je peux le faire en tremblant », aide vraiment à affronter sa peur au lieu de vouloir en vain la supprimer.

Une fois que l’on a accomplit ces deux étapes, la vie est belle! Mais bon nous sommes nombreux sur ce long chemin, à regarder vers l’horizon… Le seul conseil que je peux prétendre donner est de continuer à en apprendre toujours plus sur soi car c’est en se connaissant mieux que l’on apprend à mieux s’aimer. Pour s’aider, il y’a la médiation qui permet de se retrouver seul avec soi-même et de retrouver son essence, plusieurs livres sur le sujet (dont je parlerais dans d’autres post promis!), et aussi le fait d’aller à la rencontre d’autres hypersensibles. Ce dernier point est important, car bien que je pense qu’il est plus sain d’être entouré de personnes ayant des traits de caractères variés, cela doit faire beaucoup de bien de connaitre des gens qui pensent comme nous, qui réagissent comme nous et qui ont les mêmes « problèmes » que nous: cela permet de se sentir moins seul, et de réaliser qu’on n’est pas si mal que ça finalement. Sachant que seulement 15-20% de la population mondiale est hypersensible, on peut vite se sentir seul quoi…! Malheureusement pour moi je n’en connait pas beaucoup, je cherche toujours!

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2 commentaires sur “Hypersensibilité et introversion : gémellité d’enfer?

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  1. Super post, très bien écrit et très explicite. Je suis également une introvertie hypersensible et j’ai toujours eu beaucoup de mal à mettre des mots sur ce que je ressentais. Cela fait peu de temps que j’arrive à décrire tout ça mais ce n’est pas évident de le faire comprendre et accepter de notre entourage. Mais vous avez raison, apprendre à se connaître soi et très important, peut-être le plus important même…

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    1. Merci pour votre commentaire Cora! Je suis aussi bien contente d’avoir découvert que je n’étais pas seule dans ce drame 🙂 Et apprendre à se découvrir tous les jours est le plus important parce qu’au fond, la seule personne avec laquelle on est obligé de vivre est nous même.

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